Le fleuve du Jourdain

 

Dimanche 9 janvier 2012

Baptême du Seigneur

Isaïe 42, 1-7 Actes des Apôtres 10, 34-38 Marc 1, 6-11

 

Nous fêtons aujourd’hui le baptême du Christ, le baptême de celui qui est envoyé pour nous donner l’Esprit et qui entend la Parole du Père : « C’est toi mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour ». Ce texte est la reprise de ce qui a été dit au serviteur d’Isaïe qui sera le serviteur souffrant : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui  mon âme se complaît » (Is 42,1). Pour découvrir le Christ se dévoilant à nous, il faut qu’il se soit profilé sur l’horizon de l’Ancien Testament, il faut qu’il ait été annoncé. Et, effectivement, il a été annoncé par les prophéties du serviteur souffrant que nous trouvons dans les chapitres 42 à 53 du prophète Isaïe. Le mystère du Christ s’esquisse à travers tout l’Ancien Testament et converge vers ces textes du serviteur pour bien marquer que c’est lui qui viendra sauver son peuple et lui communiquer sa paix et sa joie.

Dans le texte de Marc, nous trouvons une expression assez impressionnante : « C’est toi mon fils bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour ». C’est essentiellement le Fils qui vient. Il est manifesté par le Père, il est situé dans le mystère d’amour dans lequel il demeure auprès de son Père. « C’est toi mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour. » Les cieux se déchirent, l’Esprit descend sur Jésus sous la forme d’une colombe. Il est le Messie. Le ciel s’ouvre pour nous.

A partir de là, le mystère du Christ commence à se jouer. C’est en quelque sorte, l’intronisation du Christ dans sa mission, c'est-à-dire la croix et la résurrection. Par la scène du baptême, le Christ nous montre qu’il prend la place des pécheurs, en se faisant baptiser comme un pécheur. Dans les synoptiques et en saint Matthieu en particulier, Jean-Baptiste refuse, en un premier temps, de baptiser Jésus mais celui-ci lui dit : « Il faut que j’accomplisse toute justice » (Mth 3,15). Le Christ doit manifester la vérité et l’amour du mystère du Père. Ce texte de Marc « C’est toi mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour » dévoile toute la profondeur du mystère de l’amour du Père et du Fils. C’est le serviteur mais le serviteur est le Fils. Cela est absolument impensable, inconcevable. Pourtant comme il est beau de voir que toutes les lignes de l’Ancien Testament converge vers le Christ. Lorsqu’il est là, il dépasse encore tout ce qui était annoncé. Parce que Jésus Christ est le Fils, on ne pouvait pas imaginer une telle révélation. Il faut que le Christ soit là devant nous. La Parole du Père révèle tout cela à nos cœurs pour que nous comprenions ce qui est en jeu. C’est le Fils bien-aimé tourné vers son Père de toute éternité (cf Jn 1, 18). Celui qui n’est tourné vers son Père, qui n’est que regard vers son Père de toute éternité, c’est lui qui se manifeste à nous, qui vient pour nous. En effet, comme nous le proclamons dans le Credo, Jésus-Christ s’est incarné « pronobis ». Une telle insistance marque qu’il ne vient pas pour lui mais pour nous, pour nous aimer, pour nous manifester qui il est, pour nous ouvrir à la plénitude du mystère d’amour de Dieu.

« C’est toi mon Fils bien-aimé, en toi, j’ai mis tout mon amour. » L’Evangile commence par une déclaration d’amour la plus éperdue qui soit. Dieu s’est lancé à la recherche de l’humanité perdue et voilà que se révèle la plénitude de l’amour quand les cieux se déchirent. En effet, la communication entre le ciel et la terre commence à se faire, elle est désormais acquise, tout va s’accomplir.

Il faut lire le texte du baptême de Jésus dans la perspective de la Passion. « Je suis venu sur la terre jeter un feu, comme je voudrais qu’il fût déjà allumé, et quelle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit accompli ». (Lc  12, 49-50) Le baptême appelle un autre baptême dans sa plénitude, c'est-à-dire dans la mort et la résurrection du Christ ; le ciel s’ouvre pour nous dévoiler ce mystère.

Demandons au Seigneur d’entrer dans ce mystère de paix, de joie, d’amour qui est notre propre mystère.

Nous aussi, nous avons été baptisé dans le Christ, c'est-à-dire dans sa mort et sa résurrection. C’est ce que le Seigneur préfigure dans cette scène du baptême. Dans le mort et la résurrection du Christ, tout nous sera donné puisque nous deviendrons des fils, des fils bien-aimés.

Nous pourrons regarder le Seigneur, les yeux dans les yeux, nous pourrons lui dire qu’il est tout notre amour. Nous sommes pris dans ce mystère et nous fêtons le baptême, c’est pour être entraînés avec le Christ dans sa marche vers le Père. Pour cela il faut nous laisser conformer au mystère du Christ. Si le Christ perçoit toute sa vie à la lumière de la croix et de la résurrection, c’est toute notre vie que nous devons voir nous aussi dans l’amour qui enveloppe la croix et la résurrection du Seigneur.

Notre baptême nous introduit dans la vie divine, nous fait surgir dans la communion du Père et du Fils dans le Saint-Esprit. Nous devons actualiser cela à chaque instant de notre vie, jusqu’au moment de notre mort c'est-à-dire de notre passage dans le Père, comme le Christ est passé dans son Père.

Actualiser notre baptême : c’est une urgence car c’est une force active. C’est une force toute neuve, une force étonnante qui jaillit d’auprès du Père dans le Fils qui nous communique l’Esprit.

Nous avons à le rendre en quelque sorte, présent, immensément présent c'est-à-dire tout regard vers le Père, tout regard sur le dessein d’amour qui est dans le Christ et qui se trouve en chacun d’entre nous  avec la grâce d’y répondre. Le baptême nous aide à entrer dans ce mystère d’abandon à la volonté du Père, de don total de nous-même, de l’offrande de toute notre vie dans le mystère du Père.

S’abandonner, se laisser faire, se laisser prendre, voilà ce que le Seigneur nous demande. Si nous avons été baptisés dans le mort du Christ, nous serons aussi baptisés aussi dans sa résurrection. Oui, nous connaîtrons la même résurrection  que la sienne, le dernier effet du baptême, comme le dit toute la tradition, c’est notre résurrection corporelle dans le Christ et avec le  Christ.

« Je crois au Saint-Esprit dans la sainte Eglise catholique pour la résurrection des morts ». C’est ce que nous dit le Seigneur à travers l’Eglise. Nous connaîtrons le même mystère d’amour que lui. Nous pouvons tout lui demander pour entrer dans cette plénitude d’amour afin que par cette plénitude d’amour, nous entrions dans la plénitude de Dieu. Alors, que  notre cœur chante la joie du mystère, baptisé, prenant notre place, se substituant à nous pour que nous donnions nous aussi, à nos frères et que nous nous livrions , à la  volonté du Seigneur dans l’amour infini du Père. Amen !

(Extrait du livre : Seigneur rien n'est plus vrai que ta Parole. Homélies, année B. Parole et Silence )

 

 

 

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